samedi 25 juillet 2026
jeudi 14 octobre 2021
Ses 4 vérités
J'ai découvert Monsieur Lawrence Durrell d'abord par les yeux de son frère Gérald, qui raconte de manière hilarante dans "Ma famille et autres animaux (ou Féérie dans l'île pour les plus anciennes éditions)" l'installation et la vie de cette famille insolite dans l'île de Corfou, au début du 20ème siècle.
Déjà, je m'étonnai de la clairvoyance de cet homme, tolérant, progressiste et surtout d'une immense culture artistique fine et polyvalente. Enfin, c'est ainsi que je le voyais.
J'ai ensuite dévoré quelques uns de ses livres, d'abord "Les îles grecques", époustouflante "description" de l'essaim de ces minuscules territoires plongés dans la mer Egée. Il ne s'agit pas ici de géographie mais d'un subtil mélange de mythologie, de sociologie, de civilisation, de caractères et d'humour. A emporter partout avec soi.
Dans une minuscule et sombre librairie parisienne spécialisée, j'ai acquis "Citrons acides", sombre pressentiment désenchanté de ce qu'il advint de l'île de Chypre à la fin de la domination britannique. Sous le diplomate perce l'amoureux des mots et des gens, de la vie telle qu'elle se présente, sans fioritures ni faux-semblants, dans cette île déchirée.
Mais voilà, il fallait aussi lire enfin ce qui est considéré comme le chef d'œuvre de Durrell : Le quatuor d'Alexandrie, somme de 4 récits inséparables "Justine", "Balthazar", "Mountolive" et "Clea". Pourquoi inséparables alors qu'ils ont paru initialement les uns derrière les autres, comme une sorte de feuilleton, entre 1957 et 1960 ? Parce qu'ils forment un tout, une vérité, qui se découvre peu à peu au fur et à mesure que chaque personnage intervient dans l'histoire à travers la sienne propre, par le truchement de la voix d'un cinquième, Darley, pâle miroir de ceux qu'il réfléchit. Ce cinquième élément est celui qui passe, qui regarde sans voir, qui agit sans comprendre. Mais c'est aussi celui qui raconte.
Et puis en fait, cette histoire ne serait-elle pas celle d'un sixième personnage qui traverse lui aussi tous les autres en les bousculant, en les transcendant en quelque sorte, comme un éclair fulgurant, une lumière profonde et fugace qui laisse des traces sur chacun des autres ? Le livre de Pursewarden ou le quatuor d'Alexandrie. C'est bien lui le centre, le trou noir, l'aimant. Vivant ou mort, il reste la référence ultime, jamais tout à fait compris, sans cesse agitateur de sentiments profonds.
L'écriture de Durrell est incomparable. Foisonnante et riche, fourmillant de détails choisis, de poésie. D'une érudition rare, sans affect ni pédanterie. Juste comme il était ? Qu'on ne me dise plus : "les descriptions dans la littérature, quel ennui !" sans avoir lu auparavant le début de "Mountolive", qui raconte la grande pêche sur le lac Mareotis, proche d'Alexandrie, toile de fond de toute l'histoire.
Pour finir ma plongée en Egypte de l'entre deux guerres, j'ai déniché le film "Justine" de Georges Cukor, d'après Le quatuor. Evidemment, on ne résume pas presque 1000 pages en 116 minutes sans pertes sèches. Caractères sans âme, sans profondeur, sans nuances. Histoire d'espionnage sans suspicion, somme toute, et images d'une Egypte tourmentée qui n'arrivent pas à nous intéresser. Peut-être n'était-il pas possible de faire mieux ? Encore une fois, cela prouve l'intérêt de ne pas rester à la surface des romans en restant simple spectateur d'une adaptation falote. Il faut s'en imprégner jusqu'à la moelle en plongeant nus dedans, comme le font à la fin du Quatuor Clea et Darley, dans la mer entourant l'île de Narouz, avec tous les frissons, les joies et les découvertes que cela implique. On ne sort pas indemne de cette lecture, mais grandi et émerveillé. Et surtout avec l'envie de continuer.
mercredi 27 janvier 2021
Le monde des arbres
Elle a une brève vision d'or fulgurant : les arbres et les humains en guerre, se disputant la terre, l'eau, l'atmosphère. Et elle perçoit, plus fort que les feuilles frémissantes, quel camp va perdre en gagnant*.
* extrait de L'arbre monde - Richard Powers - Editions 10/18 - 2018
mardi 23 juillet 2019
Homère, ou l'imagination fertile
Car le sublime dans ces chants c'est la langue* : poétique malgré la guerre, imagée malgré le sang, elle montre la richesse des légendes et des récits qui encore aujourd'hui nous parlent de merveilleux... Comme elle donne envie d'apprendre le grec !
Qu'importe !
Ce qui est incroyable c'est que ce récit soit parvenu intact jusqu'à nous. Qu'il soit tout inventé et qu'aucun de ces héros n'ait existé n'a finalement aucune importance.
Cette épopée exalte la valeur humaine et va jusqu'aux tréfonds de l'âme, puisqu'elle vit encore de nos jours. De nouvelles traductions la rapprochent de nous et la rendent plus que lisible.
La langue est si belle, faite pour être déclamée, chantée et non lue, mais comment faire ? En tous cas, elle est très cinématographique, alors pour quelles raisons les adaptations ont été si pauvres, si réductrices ?
pour parler de la mort des guerriers :
Les ténèbres lui couvrirent les yeux
L'homme tomba avec fracas et ses armes sur lui retentirent
Et la mort l'enveloppa de son voile
Au fond de ses yeux, la pourpre de mort saisit l'homme et la force du destin
Et se défit le lien de ses membres
Du creux de la main saisissant la terre
Pour dénommer les héros, desquels on récite la lignée, presque à chaque fois :
Les Achéens porteurs de bonnes jambières
Diomède le bon crieur, dompteur de chevaux
Ulysse aux mille desseins, le divin Ulysse
Priam, le roi nourrisson de Zeus
Stentor à la voix de bronze
Ménélas le bon crieur
Hector au casque étincelant, chéri de Zeus
Achille aux pieds prompts, race de Zeus
Alexandre (ou Pâris) d'apparence divine
Ménélas chéri d'Arès
Ajax, rempart des Achéens
Pollux le bon boxeur
et les dieux, qui vont et viennent parmi les hommes :
Iris dont le pied va comme le vent
Aphrodite amie des sourires
Apollon le tireur infaillible
Artémis épandeuse de traits
Hadès aux poulains fameux
Zeus assembleur des nuées
Héra aux bras blancs, au trône d'or
Athéna Butineuse
Arès fléau des mortels
Thétis aux pieds d'argent
Poséidon ébranleur du sol
D'autres expressions aussi poétiques :
et la déesse ne fut pas indocile (pour dire qu'elle obéit)
elle adressa des mots empennés
les portes Scées (double porte légendaire par laquelle au final le Cheval entrera dans Troie)
les nefs creuses, les nefs noires, les nefs bien balancées, les nefs aux deux bouts recourbés, les nefs rapides des Achéens (Danaens, Argiens...)
le sommeil, miel de l'âme
et tant d'autres...
C'est décidé, départ pour la Grèce !
* pour ma part, j'ai choisi la nouvelle traduction de Louis Bardollet, éditions Robert Laffont, collection Bouquins - 1995
jeudi 25 avril 2019
mardi 17 juillet 2018
marathon des mots
www.lemarathondesmots.com
samedi 1 avril 2017
tout bouge, rien ne change
Pierre LOTI - Voyages en Inde- 1887
samedi 4 février 2017
Maud et l'oubli
dimanche 6 novembre 2016
Emma, reine de la nuit arctique
dimanche 10 juillet 2016
de Londres à Dublin, puis retour
mercredi 7 octobre 2015
Lettre à...
lundi 10 août 2015
la clairvoyance de Salman Rushdie
N'ayant rien à ajouter de plus à tout ce que dit Salman Rushdie dans l'excellente interview publiée par l'Express le 22 juillet 2015, je lui laisse la parole
J'aimerais juste que d'autres voix intellectuelles et politiques disent la même chose
Merci aux journalistes qui vont chercher ces paroles précieuses
Quand en plus, ceux qui savent trouver les paroles vraies écrivent des mots enchantés... chapeau bas !
mardi 7 juillet 2015
Marathon des mots édition 2015
mardi 28 avril 2015
La nausée abonde
mardi 31 mars 2015
palabras retiradas
mercredi 7 janvier 2015
Ah vous dirais-je maman, conflits internes
Il s’agit du récit de la jeunesse de Doris, une jeunesse vécue de manière libre, en tout cas libérée des carcans dont n’a jamais pu se défaire cette mère, haïe et adorée, sans doute pas du tout comprise. Oui, les mères sont en même temps exaspérantes et attentionnées, les filles incomprises et horripilantes. Ca démarre à l’adolescence, peut-être avant, et ça dure jusqu’à la mort, avec des moments de répit, ou pas, ça dépend beaucoup d’elles-mêmes et de leur capacité à surmonter les différences, leur capacité à s’aimer et à s’écouter au-delà de tout ce qui les différencie et qui les éloigne, inexorablement.
A écouter :
mardi 21 octobre 2014
la revanche des gringalets
Suite à cette disparition, tout se délite petit à petit, tout s'écroule, toute la belle façade des nantis se lézarde et le quart-monde replonge vite dans sa boue, faite de violence et de drogue. En fait, personne n'aime personne dans cette campagne, mais chacun fait bien semblant. Et finalement, les ados s'en sortent, certains en tout cas, et pas forcément ceux qu'on croit, pas forcément ceux qui paraissaient les plus armés, les plus forts pour affronter cette mascarade qu'est la vie sociale. Les relations humaines, parents-enfants notamment sont parfois dépeintes avec cruauté : mépris, indifférence, violence. Les relations entre hommes et femmes, même mariés, ne sont que mensonges, hypocrisie, peurs. Les rôles sont en fait renversés : les jeunes sont plus lucides que la plupart des adultes, engoncés dans une apparence rigide, arriviste, supérieure. Ceux des quartiers défavorisés, jeunes ou vieux, finissent mal, très mal. Et ceux qui arrivent à partir, d'une manière ou d'une autre, savent qu'ils ont gagné la bataille contre la médiocrité. Ils iront refaire une vie ailleurs. Et tenteront de prendre une place, eux aussi, dans cette société, cette fois en gardant la tête haute.











